njama
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| Sujet: Existence de Dieu Mar 2 Mai - 23:34 | |
| J’avais pensé ouvrir un sujet sur ce théme de « l’existence de Dieu » au travers de témoignages personnels ou non, de lectures qui vous ont touchés, saisis, ou troublés au fond de votre Etre, de votre âme, pour exprimer au travers de ces multiples facettes cette assurance, votre conviction intime, votre expérience, votre foi, vos doutes … Pas d’obligation de se déballer, ni d’obligation de « discuter » ou donner de suite aux réflexions ou questions mises en ligne , bien que cela puisse être prétexte à quelques échanges sur les thèmes évoqués … si vous le voulez bien. L’envie de partager ou de faire connaître est déjà suffisante en soi.
J’ai beaucoup aimé celui-ci. Simone weil, d’origine juive mais athée, agrégée de philosophie, érudite sur la mythologie grecque, connaît une expérience mystique, à la suite de laquelle elle se rapproche du christianisme sans se déclarer catholique car elle ne trouve pas la catholicité assez universelle.
La Grâce dans l'oeuvre de Simone Weil Dans sa recherche personnelle de Dieu et en tant que philosophe, Simone Weil a été amenée à se poser le problème de la Grâce, de son existence, de son mode d'action, de ses effets... La Grâce est une notion centrale de la philosophie weilienne puisqu'elle est le moteur du processus de décréation, but ultime de l'existence. Selon Simone Weil, le monde est régi par deux forces antagonistes : la Pesanteur et la Grâce. Le problème du Salut se pose donc ainsi : «Comment échappe-t-on à ce qui en nous ressemble à la Pesanteur ?», c'est à dire au superficiel, à la bassesse, à cette force qui nous pousse à avoir toujours plus de pouvoir, à vouloir tout posséder et maîtriser ? A la Création, Dieu s'est retiré du monde et «a confié tous les phénomènes sans exception aux mécanismes du monde» (PG 121). Par conséquent, la réalité sociale domine la vie des hommes et s'impose aux individus. C'est «le domaine du prince de ce monde» (PG 184), de la Pesanteur. Ainsi, «la description des sociétés humaines en fonctions des seuls rapports de force rend compte de presque tout» (OL3 21). Le «presque» est la réponse de Simone Weil au matérialisme de Marx, car une deuxième force régit l'univers : la Grâce, «secrète, silencieuse, presque invisible, infiniment petite, mais décisive» (OL21). Simone Weil ne donne jamais une définition précise de la Grâce pour la bonne raison que c'est un concept qui ne peut être pleinement compris par l'intelligence. En effet, la Grâce appartient à une autre dimension, au domaine de l'Amour. «Si on en fait un objet, on l'abaisse» (PG 152) explique Simone Weil. Qui donnerait une définition de la Grâce en ferait une notion contenue dans sa propre pensée limitée et elle perdrait sa transcendance. La Pesanteur et la Grâce, le social et le surnaturel sont d'ordre différent et «à l'égard d'un ordre quelconque, un ordre supérieur donc infiniment au-dessus, ne peut être représenté dans le premier que par un infiniment petit »(CIII90). Bien qu'infiniment petite, la Grâce est une force agissante. Elle est extérieure au monde mais ses effets sont visibles. Elle permet à l'âme d'échapper «aux lois analogues à celles de la pesanteur matérielle» (PG 7). L'intelligence peut essayer de faire l'expérience de la Grâce, de la découvrir comme force agissante en étudiant ses effets. La première manifestation de la Grâce qui «prouve» son existence, est ce que Simone Weil nomme «preuve ontologique expérimentale» (PG 116). «Le plus ne peut sortir du moins dans l'ordre de la valeur» (C II 115) constate Simone Weil. Donc l'idée de la Grâce ne peut avoir été forgée par notre seule intelligence. «Si elle n'existait pas, l'intelligence ne pourrait se prononcer sur elle» (C II 134). La beauté4 est la deuxième manifestation de la Grâce. Pour Simone Weil, le Beau est présence réelle de Dieu dans la matière au même titre que l'Eucharistie. «La Beauté est vraiment une incarnation de Dieu» (CS 132), c'est un fruit de la Grâce, une forme de la Grâce qui descend chercher l'homme et séduit sa chair pour l'attirer à Dieu. «La Beauté, ce n'est pas autre chose que Dieu qui vient chercher l'homme». Simone Weil s'appuie aussi sur ses expériences personnelles de la Grâce, des expériences directes, immédiates. Par exemple en 1937, lors de son premier voyage en Italie, elle visite «à une heure un quart au-dessus d'Assise, un oratoire dans la montagne, ancien ermitage de saint François» (SP II 152). Dans son «autobiographie spirituelle», elle confie : «Là, étant seule dans la petite chapelle [...] où saint François a prié bien souvent, quelque chose de plus fort que moi m'a obligé pour la première fois de ma vie à me mettre à genoux» (AD5 75). Le contact avec Dieu n'est plus seulement intellectuel mais devient physique. La Grâce pénètre l'existence concrète, «le Christ lui-même est descendu et m'a prise» écrit Simone Weil. «Je n'avais pas prévu la possibilité de cela, d'un contact réel, de personne à personne, ici bas, entre un être humain et Dieu.» (AD 76). Pour expliquer l'intrusion de la Grâce dans notre monde, son mode d'action, Simone Weil développe une métaphore mécanique (CS26). «Dieu lance à chacun une corde» qu'on est libre de saisir. Ainsi l'âme est toujours soumise à la Pesanteur, mais la tension de la corde, c'est à dire la Grâce, vient changer le système mécanique, et les situations d'équilibre sont différentes : «Ainsi, quoique le surnaturel ne descende pas dans le domaine de la nature, la nature est pourtant changée par la présence de surnaturel» (IPC 162-3). La corde nous relie à Dieu. «C'est d'elle uniquement que descend en ce monde tout le bien susceptible d'y exister, toute beauté, toute vérité, toute justice» (EL 74). Cette descente respecte notre liberté. «L'unique condition pour qu'elle s'exerce, c'est le consentement» (EL 75). Toutefois cette descente ne peut s'opérer que dans un coeur préparé, vide, «décréé».
Olivier David Article paru dans Sénevé – (extraits) |
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